Les derniers ascensions bien raides avant d'arriver au bivouac

Prendre ses jambes à son cou

Ceux qui me suivent sur Instagram n’ont pas pu passer à travers, je suis partie fin avril marcher au Maroc. Mais les photos ne suffisent pas, j’ai besoin d’écrire, de décrire et de vous sommer de vivre vous aussi une si chouette aventure :)

Coup de tête

Ça m’a pris un samedi matin pluvieux, au fond de mon lit. Marre d’enchaîner les semaines de taff, de m’emmêler dans les dates de garde alternée, de passer mon temps à tout planifier. Ma vie était une todo list confuse et effrénée. Pire, mon corps commençait à me trahir. De plus en plus mal au genou (fucking essuie glace), des nuits de 9h qui ne réparent rien, des vertiges en prenant la parole et, handicapant pour mon job, une petite dyslexie :) Ma famille et mes amis n’étaient pas mieux lotis. Difficile d’être une oreille pour l’autre quand on ne s’entend plus soi-même.

Je scrollais donc mornement sur Facebook et je suis tombée sur un post de Copines de Voyage. J’aime bien leur site, ça me fait toujours rêver de regarder les destinations, les noms exotiques. Et là, je lis sur « Maroc, la traversée du désert ». Plus que 2 places, dans 1 mois. Il m’a fallu 3h de réflexion et j’ai confirmé ma présence.

Je plains les 147 autres nanas qui ont hésité.
Je plains les 148 autres nanas qui ont hésité.

J’avais enfin un objectif à court terme : fuir dans le désert, retrouver mon optimisme et reprendre le contrôle de mon corps. Je m’y suis accrochée, j’ai travaillé encore plus pour organiser mon absence pendant 10 jours, je me suis fait faire des semelles par le plus gentil et efficace des podologues de la ville, j’ai fait mon sac 24h avant mon départ. Et je me suis coincée des côtes en me séchant les cheveux. J’ai fini à l’aéroport sur les rotules.

Coup de coeur

Le pays, les marocain(e)s que j’ai rencontré là bas, les 10 filles avec qui je suis partie, les saveurs ; tout, j’ai tout aimé. Comme si ma carapace volait en éclat et que je reprenais goût aux choses. Emmanuelle d’Authentik Traveller nous avait préparé un programme génial d’immersion totale dans la culture berbère. On a enchainé direct par une première rando de 17km avec une bonne grimpette vers des grottes anciennement habitées dans la falaise puis nuit en chambres d’hôtes dans la magnifique Oasis de Fint à 20min de l’aéroport de Ouarzazate chez Rachid et sa famille, gentils et accueillants.

Les grottes sont en haut droite, petit trou brun dans la roche
Les grottes sont en haut droite, petit trou brun dans la roche
Fint veut dire « caché ». Et ils ont raison de planquer cette oasis, c’est un trésor
Fint veut dire « caché ». Et ils ont raison de planquer cette oasis, c’est un trésor
Ayoub grimpe aux rochers en sandalettes. Et nous met 500m dans la vue en 2 minutes
Ayoub grimpe aux rochers en sandalettes. Et nous met 500m dans la vue en 2 minutes
Repérage pour la rentrée en CE1 de ma fille
Repérage pour la rentrée en CE1 de ma fille

 

Après le trek, 3 générations de femmes pour m'appliquer du henné (qui assèche et accélère la cicatrisation.)
Après le trek, 3 générations de femmes pour m’appliquer du henné (qui assèche et accélère la cicatrisation).

Puis nous sommes descendus à Zagora, point de départ historique des méharées pour la traversée du Sahara. Tombouctou droit devant à 52 jours de marche…Des mots qui font rêver !

C’est là que nous avons rencontré Lahcen Ahansal, enfant du désert, 10 fois vainqueur du Marathon des Sables (1 semaine, 240km en autonomie alimentaire, un ultra trail réputé être des plus difficiles au monde). Vous voyez l’image d’Epinal du berbère en chèche bleu silencieux et solitaire au sommet d’une dune ? Ben voilà, vous avez Lahcen. Un livre a été écrit à son sujet. Pour les curieux de la culture amazigh vous y trouverez l’histoire détaillée de son enfance dans le sud marocain. Et pour les runners, vous pourrez lire comment il est devenu athlète à partir de rien dans un pays où les fédés sportives ne témoignaient pas beaucoup d’intérêt à l’époque pour les coureurs de fond. Bonus, il y a même son programme de prépa du Marathon des Sables :)

Lahcen Ahansal

Coup de boost

Crapahuter en montée sur des pierres plates qui glissent comme des ardoises. Sauter de pierre en pierre comme sur une digue de granit bretonne. Se faire les chevilles sur des milliers de galets ronds, lisses et mobiles. Travailler le cardio pour monter une dune. Chercher les plaques de sable un peu plus meubles pour soulager les mollets sur quelques pas : On a eu toutes les configurations possibles, pendant 4 à 6h par jour, ce qui représentait entre 17 et 24km sous le soleil avec un air forcément très sec (mais si pur !).

C’était magique. La plupart de ceux qui ont déjà marché dans le désert le reconnaisse, l’immensité, le silence, le caractère parfois hostile, les soirées complètement mystiques vous procurent des émotions ultra fortes. Vous mangez le paysage des yeux à chaque fois que le terrain vous permet de détacher votre regard de vos pieds. Vous réfléchissez pendant des heures, vous laissez vaquer votre esprit, vous revenez auprès de quelqu’un pour discuter (et sans surprise ce sont souvent des conversations très profondes) puis vous repartez en solo. Il n’y a plus d’heure, plus de besoins autres que primaires, vous vous laissez porter par votre corps.

Le mien s’est révélé pleinement performant. Zéro douleur, pas d’essoufflement, toujours envie d’aller plus loin comme si je n’en avais pas assez, comme si toute l’énergie que j’ai contenue ces derniers mois devant mon ordi devenait un carburant à brûler. Bon j’ai eu des cloques aux orteils parce que je me suis déchaussée trop vite dans les dunes et que je me suis cramée les pieds.

Col de Oum Laachar qui donne accès au plateau du Djbel Bani
Col de Oum Laachar qui donne accès au plateau du Djbel Bani
Arrivée en haut du vieux tas de pierres. On se croirait dans un décor du Seigneur des Anneaux.
Arrivée en haut du vieux tas de pierres. On se croirait dans un décor du Seigneur des Anneaux.
Djbel Bani. Bizarrement, c'est ma photo préférée. Il doit être 18h, on distingue presque le bivouac au loin et on se pose pour regarder.
Djbel Bani. Bizarrement, c’est ma photo préférée. Il doit être 18h, on distingue presque le bivouac au loin et on se pose pour regarder.
Bivouac de luxe. Voici un coucher de soleil sur nos toilettes.
Bivouac de luxe. Voici un coucher de soleil sur nos toilettes.
Djbel Bani
Djbel Bani
Petit tronçon dans le lit d'un oued asséché. De l'eau se trouve sous cette chape de pierre.
Petit tronçon dans le lit d’un oued asséché. De l’eau se trouve sous cette chape de pierre.
Cailloux toujours, mais nuages, plus agréable pour les derniers efforts à fournir.
Cailloux toujours, mais nuages, plus agréable pour les derniers efforts à fournir.
Petit stop dans une famille nomade à mille lieux de tout. Ma fille avait préparé un sac de jouets qu'elle voulait donner. C'était un super moment.
Petit stop dans une famille nomade à mille lieues de tout. Ma fille avait préparé un sac de jouets qu’elle voulait donner. C’était un super moment.
Troupeau de dromadaires et les dunes qui se dessinent enfin à l'horizon
Troupeau de dromadaires et les dunes qui se dessinent enfin à l’horizon
L'inévitable sieste entre 14h et 16h...
L’inévitable sieste entre 14h et 16h…
Les dunes de Cheggaga. C'est un erg encore très sauvage car moins accessible que les autres, type Erg Cherbi.
Les dunes de Cheggaga. C’est un erg encore très sauvage car moins accessible que les autres.
Idir qui chantonne en conduisant les dromadaires jusqu'au bivouac...
Idir qui chantonne en conduisant les dromadaires jusqu’au bivouac…
Notre belle bande gazelle après une rando de 21km dans les dunes..
Notre belle bande gazelle après une rando de 21km dans les dunes..

Coup de boule

Imagine toi arriver, le corps vermoulu à la fin de la rando, te déchausser et t’allonger sur un matelas devant un thé à la menthe. Imagine qu’en 1/2h, l’air se remplit d‘odeurs de cumin, de poivrons frais, d’oignons et que tu te souviens que tu as faim. Imagine le feu qui s’allume au milieu du sable et les mains hyper habiles d’Ayoub, d’Idir et d’Ibrahim qui commencent à frapper doucement des jerricans vides. Tu te mets à danser, tu oublies même qui tu es (et que tu danses comme un parpaing).

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Et les nuits ! Mon Dieu, les nuits dans le désert. Tout est clair, bleuté, silencieux, minéral, frais, avec pour veilleuse des milliers d’étoiles. Bon sauf quand il y a du vent. Là tu te retrouves ensablée comme quand tu étais gosse sur la plage et que tu te faisais enterrer par tes cousins. Mais c’est rigolo.

Coup de blues

Est-ce que j’ai eu de la chance ? Pour mon premier voyage en bande organisée, je suis tombée sur un groupe de filles toutes plus canons les unes que les autres. Je crois qu’on venait pour la même chose. Ou tout du moins, le désert imposait que l’on respecte la retraite de chacune. On a ri, on a pleuré, on s’est juré qu’on repartirait, on a conservé notre groupe whatsapp et une semaine après on s’échange encore nos photos et nos émotions.

Et puis là bas, nous n’avons rencontré que des gens adorables, prévenants, amoureux de leur pays, ravis de le faire découvrir. Même Najet, une femme du hammam de Zagora qui m’a défoncée la peau en me gommant au savon noir, a dû le faire en toute bienveillance, j’en suis certaine.

C’est mon troisième retour d’Afrique, après le Mali et la Libye. Je ne suis jamais allée en Asie ni en Amérique du Sud, mais si on m’offrait de repartir demain, je retournerais sur le continent africain, je m’y sens parfaitement à l’aise.

En plus, on peut trouver du coca absolument partout dans le monde.
En plus, on peut trouver du coca absolument partout dans le monde.

Coup d’envoi

Avis à ceux qui sentent parfois le burn out arriver. N’attendez pas le dernier moment et cherchez vraiment ce qui est bon pour vous. Faites-vous violence. Combattez la peur d’être à découvert pendant des mois, la peur de la solitude, la peur de partir, la culpabilité de laisser vos enfants.

Mais ça peut prendre des formes vraiment différentes. S’isoler, retrouver sa famille, poser des demies journées par-ci par-là, faire un grand et long voyage. Au final, c’est un bonus de vie que vous obtenez. Perso je suis partie 9 jours et ça m’a coûté 1 000€. Et de bonnes charrettes au bureau pour pouvoir partir sereine. C’est un coût, c’est vrai. Mais il a été rentabilisé au moment où l’avion s’est posé à Ouarzazate et que mes douleurs intercostales et mon sommeil agité ont disparu comme par magie.

Moi je sais maintenant que dans ces moments là, j’ai besoin de sport, d’être dehors et de rien devoir à personne. Je reviens complètement alignée avec ce que je suis et avec des objectifs bien définis : bosser pour repartir, donner à ma fille le goût de l’exploration, de l’immersion dans d’autres cultures.

"Human yearning is a game of compromise." Alors ? Elle est comment votre pieuvre à vous ?  crédit : Wait But Why.
« Human yearning is a game of compromise. »
Alors ? Elle est comment votre pieuvre à vous ? #burnout & #chargementale
crédit : Wait But Why.

Coup de grâce

Je dédie mon voyage et ce récit à mon Grand Père, dont j’ai appris la mort au moment où je perdais le réseau, en route pour la première étape du trek. Je l’ai toujours connu vieux, mon Grand Père. Alors j’avais décidé qu’il était éternel. Ne pas être en famille à ce moment là était difficile. Mais je l’ai tellement fait revivre dans mes pensées en marchant, j’ai tellement fait ressurgir des souvenirs de lui ; son humour légendaire (et héréditaire je crois !), son intérêt pour nos vies même s’il n’adhérait pas toujours à nos choix, que j’ai eu l’occasion de faire un très beau deuil, serein. A bientôt Grand Père, je t’aime.

Coup de pouce

  • Copines de Voyage : Je valide ma seule et unique expérience et je suis à dispo pour en parler, si vous êtes curieuses.
  • Emmanuelle d’Authentik Traveller (suivre son compte Insta) : Je sur-valide ses programmes, sa gentillesse et son réseau. Appelez-la si vous souhaitez partir avec vos enfants (même en bas âge !) ou si vous voulez une immersion chez les marocains qui courent ;)
  •  Zagora Sahara Trail : Save The Date, c’est le 3 novembre et c’est un trail ouvert à tous avec 3 niveaux de difficulté. Créé par Lahcen, l’objectif est d’aider à détecter de futurs jeunes athlètes de Zagora et de promouvoir cette belle région du sud marocain. Perso j’y vais et je veux bien monter un team de gazelles ;)
  • J’ai voyagé avec Sarah Atonis, une créatrice de bijoux à Reims. Elle va probablement s’inspirer dans une future collection des couleurs et formes de la joaillerie berbère. Restez connectés ici, ça va être sans nul doute être très joli

On se retrouve là-bas ! Inchallah !

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À propos Coline

Pas de signe distinctif. Humour über alles. Femme, mère, bosse & boss chez @owlybirdy

4 comments

  1. Eudia · 8 mai 2018 Eudia

    Merci Coline pour ce beau texte. Ravie d’avoir realiser ce voyage à tes cótés.

    • Coline · 10 mai 2018 Coline

      Pareil Eudia, et n’oublies pas que tu es la bienvenue à Lyon, point de départ de belles randos dans les Alpes :)

  2. aToms · 8 mai 2018 aToms

    Salut Colline,

    J’ai mis deux ailes à ton prénom intentionnellement car, en abusant de ton prénom, je pense illustrer une partie de ton voyage. Un survol au dessus des montagnes de choses à faire (et qui nous planquent au sol dans un désert de songes, bref notre quotidien) en parcourant les collines du désert marocain. J’ai vécu quelque-chose de similaire en partant en Angleterre, même si l’on était loin du désert (quoique la multiplicité des gens fini par nous recentrer sur soi). Nous sommes rentrés dans l’idée de repartir le plus vite possible, afin de lâcher la soupape de notre pression quotidienne. Le burn out m’a guetté également en fin d’année dernière et n’est pas parti bien loin en ce début d’année. Merci pour cet article Coline qui me permet de découvrir ton blog. Bises. Tom

    • Coline · 10 mai 2018 Coline

      Le voyage, sa préparation, son coût, le stress qu’il peut engendrer : violence nécessaire pour s’extraire du quotidien !
      J’espère que vous êtes revenus sereins et renforcés !
      Merci d’avoir pris le temps d’écrire un commentaire Tom. Have a nice day !

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